Aux origines du vin naturel : Entre pratiques séculaires et mouvement contemporain
Né d’un refus de l’industrialisation à outrance de la vigne et de la cave, le mouvement du vin naturel s’est forgé sur un retour à l’artisanat. La démarche, loin d’être un caprice de néo-ruraux ou de bobos urbains, puise en réalité dans l’histoire pluriséculaire du vin : défendre une matière première pure, sans intrants chimiques ni interventions lourdes. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, alors que la France se tourne massivement vers la chimie pour répondre à une demande de standardisation et de rendement, quelques vignerons s’entêtent. Ils creusent la voie, à rebours, d’une viticulture peu ou pas interventionniste — leur credo : “rien d’ajouté, rien de retiré”.
Parmi eux, Jules Chauvet, Marcel Lapierre, Jean Foillard, Yvon Métras ou Jean-Paul Thévenet, vignerons du Beaujolais, sont souvent considérés comme les pionniers. Leur influence, d’abord régionale, essaimera, mais très lentement. Jusque dans les années 2000, le vin naturel demeure un secret bien gardé de quelques initiés, souvent des sommeliers, cavistes, restaurateurs pointus, et — il faut le dire — une poignée de consommateurs éclairés, majoritairement urbains et diplômés (Marie Rouanet, “Petite histoire du vin naturel”, La Revue du Vin de France).