Pourquoi ces vignerons pourtant si engagés dans le naturel en viennent à soufrer (un peu) ?
1. Protéger le vivant, jusqu’à la toute dernière étape
Les fermentations spontanées, les élevages sur lies, la mise en avant du caractère du millésime – tous ces choix fragilisent le vin. Lorsqu’un vigneron n'ajoute aucun soufre en cuve ou lors de l'élevage, la structure du vin est naturellement plus instable, plus exposée. Juste avant la mise, il entre dans un univers nouveau : l’oxygène, le transport, l’attente en cave du caviste ou de l’amateur. C’est là que tout se joue.
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“Un vin, c’est du vivant embouteillé” : la transition en bouteille, même si elle paraît anodine, expose le vin à de nouveaux risques. Certaines bactéries peuvent y trouver un terrain favorable, surtout si le vin voyage loin (source : tast, 2023).
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Le soufre, ce filet de sécurité : une mini-dose, c’est un gage de stabilité. Ni masque, ni tuteur rigide, mais un souffle protecteur pour les millésimes fragiles ou les vins destinés à un long voyage.
Un vigneron bourguignon (M. Pacalet, cité dans La Revue du vin de France, 2018) parle d’une “assurance-vie”: entre zéro soufre et quelques milligrammes, la différence se joue parfois dans le temps nécessaire à la traversée d’un continent ou une attente prolongée en cave.
2. Réduire l’empreinte du soufre au strict nécessaire : chiffres et nuances
Parmi les 112 vigneron·nes français interrogés en 2022 pour la publication “Naturellement Vins” (Ed. Nourritures Terrestres), 67% affirment ne sulfiter qu’à la mise, entre 5 et 25 mg/l, bien en deçà des 100 à 150 mg/l autorisés.
Quelques chiffres-clés :
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La majorité des vins naturels ne dépassent pas 20 mg/l de SO2 total, alors que l’ANSES indique qu’en dessous de 30 mg/l, le risque d’altération augmente fortement, sauf conditions parfaites (température constante, vin “sec”).
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Les vins “zéro soufre ajouté” représentent moins de 2% de la production nationale – et sont souvent limités à un circuit de consommation ultra-local.
3. L’expression du terroir et la gestion du risque : soufre, mais pas à tout prix
La tension principale : doit-on absolument bannir le soufre pour être fidèle au vivant ? Beaucoup de vigneron·nes voient aujourd’hui le SO2 comme un “régulateur”, un révélateur, non comme un standard ou une garantie marketing. L’objectif n’est pas de faire peur, mais de laisser s’exprimer un terroir en évitant que la bouteille ne déçoive ou ne se “referme” avant l’heure.
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Plus une cuvée est oxydative ou fragile (cépages fins, faibles degrés, millésimes humides), plus le risque de déviance microbiologique est grand.
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Inversement, des raisins sains, une vinif propre, peu d’oxygène transit, peuvent se traduire par un zéro soufre parfaitement stable… mais le risque existe toujours.
Ce n’est donc pas une recette, mais une décision fine, propre à chaque millésime et à chaque trajectoire de bouteille.