La perception du défaut : une affaire de culture et d’apprentissage
Ce que l’on qualifie de “déviant” en France ou en dégustation à l’aveugle serait jugé totalement normal, voire recherché, en Géorgie, dans le Jura ou sur certains vins oranges italiens. Un même arôme de voile, par exemple, relève du défaut pour un Bordelais, mais incarne la tradition pour un amateur de Savagnin oxidatif.
Plus surprenant encore : l’analyse sensorielle montre qu’en présence d’un arôme “hors norme” – animal, cuir, épices, pomme – le jugement qualitatif dépend fortement :
- du contexte de dégustation (repas ou technique)
- de l’information donnée au public (« vin nature » ou non ?).
La psychologue Frédérique Sauvageot (INRAE) a montré qu’un vin jugé négativement en dégustation “technique” est mieux accepté lors d’un repas, replacé dans le mouvement vivant de la table (
INRAE, 2020). Le conditionnement culturel, la récitation des défauts œnologiques, mais aussi l’appétence des consommateurs pour la nouveauté expliquent ces écarts de perception.
Certains courants, notamment dans la sommellerie scandinave ou japonaise, réhabilitent d’ailleurs ces arômes “sauvages” dans leur approche du vin : l’ouverture d’esprit l’emporte alors sur le carcan. L’innovation se joue parfois là où l’on croyait voir des fautes.