La vinification naturelle, entre philosophie et technique
Vinifier naturellement signifie accompagner le processus avec le moins d'intervention possible. Les levures indigènes, présentes naturellement sur la peau des raisins, remplacent les levures industrielles. Aucun intrant chimique n’intervient pour stabiliser ou corriger le vin, et l’usage de soufre est limité au strict minimum, voire absent.
Si ces principes traduisent un profond respect du raisin et de son terroir, ils posent des défis considérables au viognier, surtout dans un millésime complexe comme celui de 2018 :
- Le suivi des fermentations : Les levures indigènes peuvent être capricieuses, particulièrement dans des moûts riches en sucre, comme ceux produits par le viognier. Une fermentation qui s’arrête ou dévie peut conduire à des arômes indésirables.
- L’équilibre alcool-acidité : L’alcool élevé du millésime 2018 peut déséquilibrer le vin, sauf si une belle vivacité naturelle est préservée. Or, sans ajustements chimiques, cela dépend entièrement de la date des vendanges et du talent du vigneron.
- La gestion de l’oxygène : Sans soufre, le viognier peut être vulnérable à l’oxydation, risquant de perdre sa fraîcheur et ses arômes délicats.
Malgré ces défis, certains vignerons se distinguent par leur maîtrise et leur audace. À Condrieu, des domaines comme celui de Christine Vernay ou Georges Vernay continuent de cultiver un viognier à l’identité forte, bien que leurs approches soient parfois hybrides entre nature et technique. Dans d’autres régions, des initiatives émergent pour expérimenter encore davantage avec la vinification sans filet, donnant naissance à des cuvées singulières.