L’expression : mythe romantique ou réalité sensorielle ?
Vient alors la question la plus vive, celle qui divise les tables et les caves : un vin rouge fermenté par levures indigènes est-il réellement plus expressif ? Que transmet-il de plus ou de différent ?
Des arômes plus complexes ?
Plusieurs dégustateurs professionnels, du Wine Spectator à la RVF, témoignent que les vins issus de levures indigènes présentent une gamme d’arômes souvent plus variée : notes florales évanescentes, épices rares, touches fumées ou même animales, distinction parfois perceptible au sein d’une même cuvée fermentée en partie naturellement, en partie avec levures ajoutées.
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En 2016, une étude menée par l’INRAE de Montpellier sur des Syrahs du Languedoc a montré que 75% des dégustateurs reconnaissaient systématiquement les lots fermentés naturellement grâce à une complexité aromatique et une présence tactile plus marquée.
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Des arômes secondaires, moins attendus, semblent être issus de l’action de familles de levures « sauvages », comme Hanseniaspora, qui produisent des aldéhydes et des esters variés (Nature Microbiology, 2017).
Une signature du terroir ?
La notion de « signature microbienne du lieu », défendue par certains chercheurs comme D. Mills (UC Davis), s’appuie sur l’idée que l’identité gustative d’un vin est partiellement codée par le microbiote local du raisin. Une étude pionnière (PNAS, 2013) a révélé que l’empreinte du terroir se lit aussi au microscope : il existerait une sorte de « carte d’identité microbienne », propre à chaque aire géographique.
Ce matériau vivant participe-t-il à l’expressivité ? Difficile de l’affirmer pour chaque bouteille. Mais il semble qu’un Merlot né sur graves de Gironde, confié aux seules levures de ses baies, convoque à la fois l’écosystème du vignoble et les gestes du vigneron, plus sûrement qu’une fermentation réglée à la minute.