Label HVE et vin naturel : convergences, clivages, et malentendus
Où les chemins se croisent
Sur le papier, HVE et vin naturel semblent vouloir converger : préservation du vivant, attention portée au terroir, volonté de limiter l’impact de l’homme sur l’écosystème. Plusieurs domaines engagés dans le vin nature font d’ailleurs le choix d’une double labellisation pour valoriser toutes leurs démarches auprès d’un public parfois perdu par la profusion de labels. Certains soulignent que le levier principal du label HVE, la diversité floristique et faunistique, entre parfaitement en dialogue avec la philosophie de la viticulture naturelle.
- Un vigneron peut tout à fait être HVE et produire des vins naturels, si ses pratiques à la vigne et en cave sont alignées (biologie stricte, vinification sans intrant)
- De nombreux domaines HVE respectent parfois plus de critères écologiques que ne l’exigent la réglementation bio sur certains points, notamment la préservation de zones naturelles
Des lignes de fracture essentielles
Mais les nuances sont parfois des gouffres. Là où le vin naturel pose comme postulat l’abandon total des produits chimiques à chaque stade, le cahier des charges HVE, lui, tolère l’usage raisonné de pesticides, de désherbants ou de fertilisants minéraux.
Le collectif « Nouveaux Champs », regroupant des vignerons, rappelait dans Le Monde en 2021 que “plus de 30% des propriétés HVE utilisaient encore des traitements classés cancérogènes probables, mais dans le respect des seuils”. Une réalité difficilement compatible avec l’idée centrale du vin naturel, qui réclame le zéro chimie, même à doses homéopathiques.
Autre écueil : la cave. Là où le vin naturel s’exprime dans l’absence d’additifs œnologiques, le label HVE ne s’intéresse qu’à la partie viticole : aucune contrainte n’est imposée sur la vinification, la clarification ou les ajouts lors de la mise en bouteille.
Pour certains, cette confusion de messages constitue une impasse pour le consommateur, alors même que la naturalité est souvent mise en avant dans les argumentaires marketing autour d’HVE – au risque d’un « greenwashing » légitimé par la naïveté ou la précipitation.