Portraits de régions : les signatures levuriennes à la loupe
Si la science admet que chaque terroir offre une empreinte levurienne distincte, quelles sont les grandes tendances observées ? Quelques exemples, tirés des vignobles de France.
Bourgogne : la finesse des levures basiques mais tenaces
En Bourgogne, une récente étude (BIVB, 2019) a démontré que la diversité génétique des levures indigènes peut s’avérer moindre qu’attendue — la région ayant longtemps pratiqué des levures sélectionnées. Pourtant, dans certains coins préservés, ce sont des souches uniques de Saccharomyces cerevisiae et de Hanseniaspora qui dominent, participant à la fraîcheur et la tension des vins, leur nez parfois marqué par la poire mûre, la fleur blanche, ou la noisette.
Alsace : un vivier levurien foisonnant
Le vignoble alsacien, très morcelé, expose une mosaïque levurienne allant bien au-delà de Saccharomyces : des Metschnikowia, Pichia, et autres non-Saccharomyces abondent dans certains domaines conduits en biodynamie (Interprofession des vins d'Alsace). Ces levures, selon le vigneron Jean-Michel Deiss, apportent “plus de complexité, de structure, et de notes florales franches que n’importe quel ferment du commerce”.
Jura : une signature oxydative, mais les levures y sont-elles pour quelque chose ?
Le Jura interpelle par ses célèbres “voiles de levure” qui protègent les vins jaunes durant leur élevage. Outre Saccharomyces cerevisiae, ce sont surtout des souches de Flor dont Candida mycoderma, responsables des fameuses notes de noix, curry et épices douces. Là, la spécificité régionale des levures s’exprime pleinement.
Loire, Bordeaux, Rhône… : les patines levuriennes varient
- Dans la Loire, des souches sauvages dominent, portées par la faune abondante et la végétation autour des parcelles. Notes de pomme, de fleurs blanches…
- À Bordeaux, la présence de grands chais conduit parfois à une dominance de levures “de cave”, infusant aux vins des arômes de fruits noirs compotés, d’épices.
- En Vallée du Rhône, les recherches montrent là encore plus de variabilité selon la cave que selon le sol, du fait de la réutilisation des mêmes cuves d’un millésime à l’autre (Barata et al., 2017).