Les principaux intrants utilisés en vinification conventionnelle
Levures sélectionnées : métamorphose express du moût
Le premier acte du vin, c’est la fermentation. À l’état naturel, elle est menée par une flore sauvage, propre au raisin et au chai. Mais dans 80 à 90% des vins conventionnels, ce sont des levures industrielles sélectionnées qui orchestrent la conversion du sucre en alcool (Vitisphère).
Quel est leur rôle ?
- Assurer une fermentation rapide, régulière et fiable, même en cas de moût pauvre ou difficile
- Orienter le profil aromatique : il existe des centaines de souches, chacune apportant un style précis (arômes “fleuris”, “fruits exotiques”, etc.)
- Réduire les risques de déviations microbiennes
Ces levures commerciales, issues majoritairement de Saccharomyces cerevisiae, sont parfois hybrides ou génétiquement modifiées (même si les OGM sont interdits en France). Leur emploi peut conduire à une certaine standardisation des profils, là où les levures indigènes laissent le terroir s’exprimer avec plus de nuances et parfois… d’accidents.
Sulfites (SO₂) : les gardiens du vin, entre mythe et nécessité
Le dioxyde de soufre est sans doute l’un des intrants les plus anciens et controversés. En vinification conventionnelle, il est omniprésent : 99% des vins produits dans le monde reçoivent une dose, sous forme de pastilles, de solution ou de gaz.
- Effets recherchés :
- Antioxydant : il protège la couleur et les arômes.
- Antiseptique : il prévient les contaminations microbiennes (bactéries, levures indésirables).
- Agent stabilisant : il permet de conserver le vin plus longtemps.
- Doses habituelles :
- Jusqu’à 150 mg/l pour les vins rouges conventionnels
- Jusqu’à 210 mg/l pour les vins blancs moelleux (CIVP)
- La moyenne des vins naturels tourne autour de 20 à 50 mg/l, voire zéro.
Depuis 2005, la mention « contient des sulfites » est obligatoire dès 10 mg/l. Les intolérances, bien qu’existantes, sont souvent surestimées comparées à d’autres aliments de consommation courante (fruits secs, charcuteries industrielles).
Corrections et ajustements : une chimie du sur-mesure
La vinification conventionnelle tolère – et encourage parfois – l’usage d’agents correcteurs, destinés à « rattraper » les aléas du millésime ou à adapter le profil du vin à une demande commerciale.
- Acidification/Désacidification : ajout d’acide tartrique, malique ou citrique pour relever la fraîcheur ou, à l’inverse, emploi de carbonate de calcium pour neutraliser l’excès d’acidité. En 2018, 13% des vins français ont subi une correction d’acidité (FranceAgriMer).
- Chaptalisation : adjonction de saccharose dans le moût pour augmenter le potentiel alcoolique (autorisé sous conditions dans les régions nordiques, comme la Bourgogne ou la Loire).
- Edulcoration : emploi (rare) d’arômes, concentrés de moût ou de MCR (moût concentré rectifié) pour retoucher le profil sucré d’un vin.
L’objectif, ici, est d’harmoniser, de sécuriser… mais au prix d’un effacement partiel de la vérité du millésime.
Enzymes, activateurs et coadjuvants : optimiser, extraire, accélérer
La vinification conventionnelle fait souvent appel à des enzymes exogènes (pectinases, glucanases), qui accélèrent la clarification, favorisent l’extraction des arômes, facilitent le pressurage. À ces enzymes s’ajoutent parfois :
- Charbons œnologiques : utilisés pour décolorer ou corriger un défaut de goût (goût de bouchon, oxydation, etc.)
- Colles protéiques : blanc d’œuf, gélatine, caséine, bentonite… (notons que seulement les vins certifiés vegan proscrivent ces colles d’origine animale)
- Tanins œnologiques, pour équilibrer une structure jugée “faible”
La liste ne cesse de s’allonger, au gré des innovations de l’industrie œnologique (plus de 100 enzymes différentes référencées en Europe au catalogue des fournisseurs majeurs comme Laffort ou Erbslöh).
Stabilisants et agents de conservation : prévention tous azimuts
Outre le soufre déjà évoqué, d’autres substances interviennent pour garantir la limpidité, la brillance, la conservation du vin :
- Sorbate de potassium : bloque la refermentation des vins demi-secs et doux, parfois associé au sorbate pour “sécuriser” l’embouteillage
- Acide ascorbique (vitamine C) : adjuvant antioxydant, souvent ajouté en complément du SO₂
- Acide métatartrique : prévient la précipitation de cristaux dans les vins blancs
- Polyvinylique-pyrolidone (PVPP), Kieselsol, silice colloïdale : agents clarifiants
Tous ces agents, habilement dosés, permettent d’avoir un vin techniquement « irréprochable » à la sortie… mais parfois lisse, privé de cette petite imperfection qui rend le vin vivant.
Régulateurs de fermentation et nutriments azotés : la survie des levures
Dans le vin conventionnel, il n’est pas rare d’ajouter ammonium, thiamine (vitamine B1), ou diammonium phosphate pour alimenter la croissance des populations de levures. Ceci compense la plus faible richesse naturelle d’un moût issu de vignes productives, qui produisent souvent moins d’azote assimilable (et donc des fermentations moins régulières).